
Le Kodokan (littéralement Bâtiment pour l’Enseignement de la Voie), premier club de judo, est né dans le temple bouddhique Eishoji à Tokyo en 1882 sous l’impulsion de Jigoro Kano. Le Kodokan compte alors neuf élèves (le premier élève fut Tomita Tsunejiro) évoluant sur 12 tatamis. Dès 1882, le Kodokan, sous la direction de Jigoro Kano, enseignait le judo tel que nous le connaissons et le pratiquons aujourd’hui.

Le logo du kodokan
à gauche : Jita Kyoei « Prospérité mutuelle pour tous »
à droite Seiryoku Zenyo « Utilisation efficace de l’esprit et de l’énergie »
au centre Ju Do – « Voie de la souplesse »
Jigoro Kano suivit de brillantes études à la faculté des sciences politiques et des lettres de Tokyo et il s’intéressa beaucoup à la culture occidentale. C’est sûrement pour cette raison qu’il commença par pratiquer l’athlétisme, le tennis et le base-ball. Il fut d’ailleurs le créateur du premier club de base-ball du Japon. N’étant pas d’une nature très athlétique, il subissait les brimades de ses camarades physiquement plus forts que lui. C’est alors qu’il suivit des cours de Ju-Jitsu auprès de trois maîtres : Hachinosuke Fukuda, Masamoto Iso et Tsunetoshi Iikubo. Il fut un élève très appliqué et maitrisa rapidement les styles de différentes écoles (ryu) de cet art martial tels le Kito-Ryu et le Tenjin-Shinyo Ryu.
Mais le Ju-Jitsu qui codifiait les techniques ancestrales de combat à mains nues des samouraïs sur les champs de bataille était trop dangereux voire souvent mortel. Jigoro Kano décida alors d’adapter son art à la vie contemporaine en supprimant les techniques qui présentaient des risques et en le débarrassant de l’esprit féodal des anciennes écoles de Ju-Jitsu. Il voulait en faire un moyen d’éducation du corps et de l’esprit. Il mit en place les Katas comme moyen de transmission de son savoir ainsi qu’un code moral comme base pédagogique. Les vieilles techniques furent examinées scientifiquement et un nouveau système d’entraînement fut organisé (mise au point des ukémi, techniques pour amortir les chutes sur les tatamis). Il nomma sa discipline le Ju-Do (littéralement Voie de la Souplesse) pour la différencier du Ju-Jitsu (Technique ou Art de la Souplesse). Il faut comprendre par « souplesse » la « non-résistance ». En effet, c’est grâce à diverses techniques que l’on arrive à utiliser et à détourner la force de son adversaire afin de la retourner contre lui et de le vaincre même si ce dernier est beaucoup plus fort physiquement. Selon la légende, ces techniques sont issues de l’observation des arbres enneigés dont les branches souples plient sous le poids pour se débarrasser de leur « adversaire hivernal » alors que ceux dont les branches sont rigides cassent. D’après Jigoro Kano, « le but du Judo est de comprendre et de démontrer rapidement les lois vivantes du mouvement ».
Code Moral du Judo :

La politesse : C’est respecter autrui
Le courage : C’est faire ce qui est juste
La sincérité : C’est s’exprimer sans déguiser sa pensée
L’honneur : C’est être fidèle à la parole donnée
La modestie : C’est parler de soi-même sans orgueil
Le respect : C’est faire naître la confiance
Le contrôle de soi : C’est savoir taire sa colère
L’amitié : C’est le plus pur des sentiments humains

Le souhait de Jigoro Kano était de développer et de faire connaitre un art de vie qui permettait le développement mental et physique. Le Judo fut créé sur la base du Ju-Jitsu en transformant sa vocation guerrière en vocation de développement du corps et de l’esprit. Il ne souhaitait pas seulement réaliser une synthèse cohérente des vieilles techniques oubliées de Ju-Jitsu, il voulait démontrer que les possibilités du Judo dépassaient largement le plan physique et qu’il pouvait être un fantastique moyen de développement moral pour l’individu d’abord, pour la société tout entière ensuite. Les pratiquants du judo, les judokas, cherchent à acquérir la souplesse du corps et la rapidité des déplacements. Ils étudient la subtilité des mouvements dans une action harmonieuse des muscles, développent leur courage et leurs facultés intellectuelles. Ils doivent pouvoir être en état d’alerte permanent et percevoir le moindre début de mouvement de leur adversaire. Ayant l’esprit discipliné, apaisé et serein, possédant la maîtrise de leur corps et de leurs réactions, ils pourront alors venir facilement à bout d’un adversaire les attaquant ou faire face aux difficultés rencontrées dans leur vie.
Entre 1886 et 1889, un tournoi fut organisé entre le Kodokan et le Yoshin ryu ju-jitsu de Tokyo (Ecole du cœur de saule, créée par Shirohei Akiyama). Les principes du maître Jigoro Kano prouvèrent leur efficacité lorsque ses adeptes remportèrent treize combats sur quinze et annulèrent les deux autres. C’est dans cette même période au dojo du Fujimi-Cho, à Tokyo, que la véritable fusion des vieilles techniques s’établit sous l’impulsion de Jigoro Kano qui modifia certaines techniques à la lumière de ses premières expériences et avec l’aide de ses premiers disciples. Le Judo se répandit ensuite à travers le monde et il contribua à faire connaitre au monde occidental les arts martiaux japonais. Ensuite, le judo des origines s’orienta de plus en plus vers l’aspect sportif lorsque les champions du Kodokan eurent définitivement battu la plupart des écoles de Ju-jitsu au cours de combats organisés, semant de plus en plus la confusion entre art martial et sport de combat.

Jigoro Kano continua à promouvoir son art martial lors de plusieurs voyages en Europe et aux Etats-Unis jusqu’à sa mort en 1938. Ses neuf premiers élèves de 1882 devinrent 100 en 1886 puis 600 en 1889 et se comptent de nos jours par millions de par le monde.
La première démonstration de Judo en France fut effectuée par maître Jigoro Kano en personne en 1889 à l’occasion d’une tournée en Europe. Le judo commence à être enseigné en France par Maître Mikinosuke Kawaishi et Maître Shozo Awazu. Moshe Feldenkrais crée le Jujitsu-Club de France, puis la Fédération française de judo est fondée en 1946. C’est aussi à cette époque que se développera le côté sportif et qu’apparaitront les premières compétitions. Le judo est devenu officiellement discipline olympique lors des Jeux de Tôkyô en 1964. Le judo féminin a fait son entrée dans le programme olympique aux Jeux de Séoul en 1988 comme sport de démonstration avant d’être définitivement accepté à partir des Jeux de Barcelone en 1992.
Jigoro Kano mourut à 6 heures 30 du matin le 4 mai 1938 d’une pneumonie sur le bateau Hikawa-Maru en rentrant du Caire. Il reçut le 12e dan à titre posthume. Il avait alors 77 ans, et le Judo comptait déjà plus de 100 000 ceintures noires.
On retiendra donc que le Judo n’est pas seulement un sport mais qu’il est surtout un art de vie. A chacun sa « voie de la souplesse » avec une base technique commune et un code moral fédérateur : certains le pratiquent pour entretenir l’harmonie du corps et de l’esprit, certains vont un peu plus loin en s’affirmant comme compétiteurs. Le judo permet d’évoluer dans ces différentes orientations selon son âge ou son centre d’intérêt du moment. L’essentiel est de garder à l’esprit ce qu’est le judo, un art de vie qui ne saurait être qu’un simple sport dont ses meilleurs compétiteurs forment l’élite. Un grand maître a dit : « celui qui pratique le Judo dans le seul but de gagner des compétitions n’a rien compris au Judo ». Voilà en quelques mots l’héritage que nous a laissé Jigoro Kano, le message que nous nous devons de transmettre et partager.
